Le débat sur le changement de la Constitution prend une trajectoire historique tout à fait inattendue. Alors que la classe politique s’affronte sur l’opportunité de réécrire la loi fondamentale de 2006, le secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Augustin Kabuya, vient de jeter une nouvelle idée dans l’arène : exhumer le projet de Constitution de 1992, issu de la Conférence nationale souveraine (CNS).
Cette sortie médiatique apporte une nouvelle pièce au puzzle de la “Quatrième République” voulue par la majorité présidentielle, tout en tentant de légitimer la démarche auprès d’une opinion publique et d’une église catholique souvent sceptiques.
Le retour au consensus de la CNS
Pour Augustin Kabuya, la solution pour doter la République démocratique du Congo d’un texte fort et incontesté réside dans le passé, et plus précisément dans les acquis de la mémorable Conférence nationale souveraine.
Selon lui, ce texte possède une légitimité populaire et intellectuelle que n’a pas la Constitution actuelle.
« Nous devons reprendre la Constitution de 1992, rédigée sans pression par tous les Congolais lors de la Conférence nationale souveraine. Les travaux étaient dirigés par le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya », a rappelé le haut cadre de l’UDPS.
En invoquant la figure historique du défunt cardinal Monsengwo, l’un des pères de la démocratisation en RDC, Augustin Kabuya tente habilement de désamorcer les accusations de tripatouillage ou de démarche unilatérale menée par le pouvoir en place.
Un appel du pied à l’Église catholique et au Cardinal Ambongo
Le choix de cette référence historique n’est pas anodin, surtout dans le contexte de tensions larvées entre le pouvoir de Kinshasa et la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Augustin Kabuya a d’ailleurs directement interpellé l’actuel archevêque de Kinshasa pour matérialiser cette proposition.
« Le cardinal AMBONGO doit avoir une copie de cette constitution. Nous allons l’adapter à nos réalités », a-t-il précisé.
Cette main tendue vers le cardinal Fridolin Ambongo apparaît comme une stratégie politique visant à inclure l’Église dans la réflexion, tout en postulant que le texte de 1992, une fois actualisé, pourrait servir de base à un consensus national.
Un message de soutien total à Félix Tshisekedi
Au-delà de l’ingénierie constitutionnelle, cette déclaration d’Augustin Kabuya est aussi et surtout un message de réassurance politique destiné au chef de l’État, alors que les pressions de l’opposition et de la société civile s’intensifient contre tout changement des règles du jeu.
« Soyez sans crainte, Monsieur le président Félix Tshisekedi. Nous sommes derrière vous », a lancé le secrétaire général de l’UDPS en guise de conclusion.
En liant l’héritage de la CNS de 1992 à la dynamique politique actuelle emmenée par Félix Tshisekedi, Augustin Kabuya tente de donner un souffle de légitimité historique et nationale au projet de nouvelle Constitution.
Reste à savoir comment l’opposition, mais aussi l’archevêché de Kinshasa, accueilleront cette proposition de retour vers le futur juridique de la RDC.