Dans son documentaire Netflix, Ninho révèle les conditions d’exploitation auxquelles il a été soumis par son ancien label. Malgré un succès massif générant plusieurs millions d’euros, l’artiste touchait à peine 10% de ses revenus d’albums et aucun bénéfice de ses tournées, vivant sans appartement ni fiche de paie.
Le documentaire « Ninho : Le prix à payer » expose une réalité sordide du contrat qui a lié Ninho à son ancien label pendant des années. Malgré un succès phénoménal, le rappeur a été systématiquement dépouillé de ses bénéfices. L’artiste révèle qu’il ne touchait rien des tournées et seulement 10% sur ses albums, et ce jusqu’à l’arrivée de « JEFE ». Pire encore, il signait des contrats sans même connaître ses véritables gains. À l’époque de son apogée, Ninho n’avait ni fiche de paie ni appartement, forcé de squatter chez des amis malgré sa célébrité grandissante.
Une arnaque révélée par les chiffres
Le déclic s’est produit lors d’une tournée massive. Ninho raconte : « On est en train de faire 70 dates avec 7 000 à 10 000 personnes par salle. C’est à la fin, avec l’argent qu’on a récolté, que ça nous a fait réfléchir. » Les calculs se sont avérés dévastateurs. Une tournée générant près de 4 à 5 millions d’euros ne lui rapportait que 400 000 euros. L’artiste reconnaît sa naïveté juvénile : « T’étais jeune, t’as pas regardé les contrats, t’as voulu faire à la gangsta comme si tu connaissais le document qui t’a fait signer, mais le document qui t’a fait signer t’a dit que tu touchais 10% sur toute ta vie. »
Le manque de respect plutôt que l’argent
Au-delà des chiffres, Ninho dénonce le sentiment de trahison. Il a exprimé cette colère dans son morceau « L’Ancien » : « On disait qu’on allait sourire quand on aurait l’seille-o. Maintenant qu’on a l’seille-o, on sourit de moins en moins. C’est moi qui ramène la farine et ils veulent manger mon pain. » L’artiste insiste sur le cœur du problème : « C’est pas l’argent le problème en vrai, c’est le manque de respect le problème. Le réel problème, c’est que je suis pas dans la boucle, mais moi, j’étais dans la boucle quand on était au sol, quand fallait payer des factures et qu’il fallait rester dans le studio tout seul pour écrire plein, plein, plein, plein de sons et ne pas voir sa mère pendant un mois. »
Prisonnier de son succès
Ninho décrit une situation kafkaïenne où il ne peut s’échapper qu’au prix de son silence artistique. Son avocate lui a confirmé l’impasse : « Si tu veux t’arrêter tout de suite et enlever tes producteurs, il faudra que, pendant un an et demi, deux ans, tu ne fasses plus de musique parce qu’on va rentrer dans des procès. » L’artiste énumère ses pertes : pas d’argent du merchandising, pas de revenus de la tournée malgré 71 dates d’affilée. Une banane phénoménale, mais des poches vides. Ninho reste prisonnier d’un système qui l’a enrichi sur le papier tout en le laissant sans ressources.
