Le ton ne cesse de monter entre le pouvoir et l’opposition autour des zones d’ombre de la marche du 15 septembre. Alors que le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, avait affirmé le 30 octobre dernier devant les étudiants congolais à Moscou que le jeune Manassé Lomboto était décédé des suites d’une maladie, la réplique de l’opposition a été cinglante.
Invité à réagir à cette version officielle, le leader de l’ECiDé, Martin Fayulu, a rejeté en bloc les déclarations du Chef de l’État, qualifiant ces propos de déconnectés de la réalité.
« Manassé n’était pas malade » : Fayulu livre sa version des faits
Pour l’opposant, l’affirmation présidentielle relève de « l’irresponsabilité ». Martin Fayulu insiste sur le parcours de la victime le jour de la manifestation et pointe du doigt la responsabilité directe des violences physiques :
« Il faut demander à Monsieur Félix Tshisekedi sur quels éléments précis il fonde sa déclaration. Je pense que c’est de l’irresponsabilité. Manassé, un jeune homme de 25 ans, dans sa vigueur, dans sa santé, a commencé la marche avec nous. Et puis Manassé s’est fait tabasser comme tout le monde et il s’est retrouvé à l’hôpital. Il y a des péripéties, comment on l’a ramassé, comment on l’a conduit au premier hôpital et jusqu’à l’Olympic Hospital. Tout est retracé. Manassé n’était pas malade, il est mort suite aux violences de la milice de l’UDPS, la force du progrès, et c’est connu », a martelé Martin Fayulu.
Une accusation directe qui vient percuter frontalement le narratif de l’exécutif, lequel s’appuie sur des rapports médicaux pour écarter l’hypothèse d’une mort par agression politique.
L’affaire Prince Epenge : Entre arrestation et transfert à Makala
Cette polémique autour de la mort de Manassé Lomboto s’inscrit dans un climat judiciaire et politique particulièrement tendu, marqué par le sort judiciaire de Prince Epenge.
L’opposant a été interpellé à l’aéroport de Kinshasa alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour Londres afin de participer à une réunion de la Coalition Article 64 (C64) aux côtés de Martin Fayulu.
Suite à cette interpellation, Prince Epenge a été transféré à la prison centrale de Makala, provoquant de vives protestations au sein de sa formation politique et de l’opposition qui dénoncent une instrumentalisation de la justice pour muscler les voix dissidentes.
Entre le récit officiel d’une mort naturelle défendu par la présidence et les accusations de violences portées par l’opposition, l’affaire Manassé Lomboto demeure un abcès de fixation politique majeur, cristallisant les fractures profondes entre le pouvoir en place et ses détracteurs.
