L’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO) tire la sonnette d’alarme sur la résurgence de contrôles illégaux et d’extorsions dans la capitale congolaise. Selon une alerte donnée par son président, Me Jean-Claude Katende, deux prêtres catholiques ont été brièvement interpellés et dépouillés de leurs biens au rond-point Ngaba par des individus se réclamant des services d’intelligence et de sécurité.
Des accusations de collaboration et 700 dollars extorqués
Les victimes sont les abbés Emmanuel Nyamankuru, de l’archidiocèse de Bukavu, et Lambert Museka, de l’archidiocèse de Kananga. Alors qu’ils se déplaçaient dans ce carrefour très fréquenté de Kinshasa, ils ont été interceptés par des agents en civil menant des fouilles d’effets personnels.
Selon les déclarations du président de l’ASADHO, l’un des ecclésiastiques, l’abbé Emmanuel, a été explicitement accusé par ces agents de « collaborer avec Corneille Nangaa », le chef de la rébellion de l’AFC/M23. À l’issue de cette interpellation sommaire, les agents ont confisqué la somme de 700 dollars américains appartenant aux deux prêtres — un montant destiné, selon l’ONG, au paiement de leurs frais académiques — avant de les relâcher.
Fouilles de téléphones et spectre des méthodes du passé
Au-delà de ce cas précis, Me Jean-Claude Katende dénonce une pratique de plus en plus fréquente au rond-point Ngaba et dans d’autres nœuds stratégiques de la capitale : la fouille systématique des sacs et la vérification forcée des contenus numériques des passants (messages, photos et vidéos) à la recherche d’effets militaires ou de contenus perçus comme hostiles au chef de l’État.
Pour le défenseur des droits humains, ces méthodes constituent une régression manifeste et un rappel des heures sombres de la gestion sécuritaire sous l’ancien régime :
« L’ASADHO dénonce la résurgence de pratiques que l’on croyait révolues, particulièrement répandues entre 2015 et 2018 sous la présidence de Joseph Kabila. »
L’organisation appelle les autorités compétentes, notamment le ministère de l’Intérieur et le commandement de la police, à intervenir d’urgence pour identifier ces agents, faire cesser ces abus « rétrogrades » et garantir la libre circulation des citoyens dans la capitale.
