Ancien proche devenu l’un de ses plus féroces détracteurs, le pasteur Pascal Mukuna ne cache pas sa satisfaction devant les déboires actuels de Joseph Kabila. Dans une sortie médiatique d’une violence verbale rare, le responsable de l’église l’Assemblée Chrétienne de Kinshasa (ACK) dépeint un ancien président aux abois, traqué par ses propres actes et par la justice internationale.
Pour Pascal Mukuna, qui avait bruyamment « retourné sa veste » lors de l’alternance au sommet de l’État, le déclin de Joseph Kabila n’est que le résultat d’une justice divine dont il se considère, en partie, comme l’instrument.
De la fortune à l’isolement financier
Le pasteur Mukuna s’est d’abord attaqué à l’origine de la fortune de l’ex-chef d’État, pointant un contraste saisissant avec ses débuts en 2001.
« Comment quelqu’un peut avoir 500 milliards de dollars alors qu’il est venu avec des bottes ? », s’est-il interrogé, avant de souligner l’efficacité des récentes mesures américaines : « Les États-Unis ont mis la main sur tout. Il ne peut même pas faire une petite transaction. »
Selon le prélat, celui qui régnait autrefois sur le Congo serait aujourd’hui réduit à l’état de « vagabond » et d’« homme de la rue », paralysé financièrement et incapable de mener la moindre opération bancaire.
Le « retour de flamme » d’un homme de Dieu
Pour Mukuna, ce qui arrive à Joseph Kabila est l’accomplissement d’une prophétie personnelle. Il rappelle ses anciens avertissements à l’adresse du Raïs, liant ses malheurs actuels à leurs vieux contentieux, notamment ses démêlés judiciaires passés qu’il attribue à une tentative de l’ancien régime de « détruire sa vie ».
« Je lui avais dit qu’il deviendra un vagabond. Le retour, c’est ce qui le poursuit », a-t-il martelé, affirmant que le Dieu du Congo est « vivant » et qu’il se bat pour la nation.
« Kagame avec les armes, Kabila avec l’argent »
Le pasteur a également abordé le dossier brûlant de la guerre dans l’Est, formulant des accusations graves sur la complicité présumée entre l’ancien président et le Rwanda.
Pour Mukuna, le rôle de Joseph Kabila aurait été central dans le financement de l’instabilité : « Même lorsqu’on parle de Kagame, financièrement, le fournisseur c’était lui. Kagame avec des armes, Kabila avec l’argent. »
Cap sur la prison de Makala
L’ambition du pasteur pour l’avenir de l’ancien président est claire et dénuée de toute pitié : la case prison. Pascal Mukuna refuse même l’idée d’une extradition ou d’un exil doré aux États-Unis.
« Jusqu’à ce qu’il soit enfermé à la prison de Makala. Qu’on l’envoie à Makala pour que je lui rende visite », a-t-il lancé avec une pointe d’ironie provocatrice. Il imagine déjà ces retrouvailles derrière les barreaux où, selon ses mots, il ferait sentir à son ancien adversaire sa nouvelle condition de prisonnier.
Cette sortie fracassante, bien que marquée par une rancœur personnelle évidente, illustre une fois de plus la polarisation extrême de la scène politique congolaise, où la chute des uns est vécue par les autres comme une délivrance spirituelle et nationale.