COVID‑19: défaillance pour le monde du travail en RDC ?

Le chef de l’État Félix Tshisekedi a présidé, le mardi 15 décembre 2020 dans la soirée, au Palais de la nation, la réunion du comité multisectoriel, dans le cadre de la lutte contre la pandémie du Coronavirus.

À l’issue de cette réunion, plusieurs mesures ont été prises pour contrer la 2ème vague de cette pandémie, notamment l’instauration d’un couvre- feu de 21h à 5h du matin, l’interdiction des marches publiques, des productions artistiques et des kermesses, mais également des cérémonies festives et des réunions de plus de dix personnes, en annonçant le report à une date ultérieure de reprise des cours au niveau de l’Enseignement supérieur et universitaire et le début anticipé des vacances scolaires à partir de ce vendredi 18 décembre.

Considérant ces mesures, une question sensible se pose: quelle peut être la défaillance de la pandémie de Covid-19 dans le monde du travail en RDC ?

Le couvre-feu national, une mesure difficile à accepter

En effet, ces décisions arrêtées pour juguler la 2ème vague de covid-19 ne sont pas appréciées par une grande partie de la population, surtout chez les opérateurs économiques du secteur informel et même plusieurs entreprises, car ces décisions, selon eux, vont anéantir leurs activités en cette période de festivité de fin d’Année.

De ce fait, Kimona Bononge, administrateur délégué de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), a saisi le gouverneur de la ville de Kinshasa, pour solliciter une faveur de l’industrie de la panification, des télécoms, des transporteurs poids lourds, des brasseries pendant l’entrée en vigueur du couvre-feu dès ce vendredi 18 décembre. Rappelons qu’il n’y a pas longtemps ces agents économiques venaient de subir un déséquilibre de la première vague de coronavirus.

Des entreprises réajustent leur horaire par rapport aux nouvelles restrictions sanitaires

Par rapport à ces mesures, les entreprises sont dans l’obligation de revoir les horaires de travail, en vue de permettre aux agents de finir le travail un peu plus tôt que l’heure habituelle, afin de permettre à ces derniers de regagner leurs domiciles, avant l’heure fixée pour le début du couvre-feu, car la ville de Kinshasa a un sérieux problème des infrastructures routier.

Depuis l’apparition de cette maladie en mars 2020, la RDC compte officiellement 15.397 cas confirmés, 369 cas de décès et 13.310 guéris, selon le dernier bulletin communiqué vendredi 18 décembre par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB).

Première vague de covid-19, les revenus sont en baisse

On a assisté à une baisse considérable des revenus des travailleurs congolais pendant cette première vague de la pandémie. On parle de 57% des sondés qui ont vu de manière significative leur consommation d’eau et de nourriture diminuer.

Une des conséquences de cette pandémie sur les emplois, c’est qu’elle a bouleversé l’ordre professionnel imposant télétravail, services minimums, réduction des horaires professionnels, congés techniques sans solde, licenciements massifs suite à l’arrêt de la production des entreprises, versements tardifs des salaires ou encore accumulation des arriérés de salaire.

De fait, les travailleurs cherchent une deuxième source de revenu, ce qui n’est pas évident en cette période de crise. Pour notre pays qui n’a pas une économie résiliente, c’est normal que les ménages soient affectés et que de ce fait, il y ait moins de nourriture.

Malgré l’augmentation du nombre de cas, la pandémie de Covid-19 continue à bouleverser le monde du travail. Elle produit des effets spectaculaires sur l’emploi, les moyens de subsistance et le bien-être des travailleurs et de leurs familles, ainsi que sur les entreprises de la RDC, en particulier les petites et moyennes entreprises.

Covid-19 à la base du chômage de certaines personnes

Des millions de travailleurs ont perdu leurs moyens de subsistance et beaucoup d’autres restent menacés à cet égard. Les mesures nécessaires pour atténuer les effets de la pandémie ont eu des répercussions importantes sur les sociétés et les économies.
Les personnes qui abattent un dur labeur dans l’économie informelle, souvent sans jouir d’aucun droit au travail ni bénéficier de protection sociale, ont subi une baisse de revenus de 60 % rien qu’au cours du premier mois de la crise.

Sur 10 personnes employées dans les secteurs qui ont subi la crise de plein fouet à l’échelle mondiale, 4 sont des jeunes. Si l’on ajoute à cela, les perturbations qui ont touché l’éducation et la formation en raison du confinement, les jeunes risquent de devenir une génération sacrifiée, qui portera les séquelles de cette crise pendant longtemps.

Les femmes employées au compte-goutte

Les femmes sont embauchées de manière disproportionnées dans des secteurs gravement touchés, tels que l’hôtellerie et le tourisme, et sont également concernées par le déplacement de l’activité économique vers la sphère domestique où elles assument la majorité de tâches non rémunérées toujours plus nombreuses.

Cependant, la crise actuelle montre à quel point les économies et les marchés du travail dépendent les uns des autres. Cette interdépendance devrait être redéfinie à l’avenir de manière à rendre le monde plus inclusif et plus durable pour tous.

Covid-19 facilite la numérisation

La crise de Covid-19 a également accéléré certaines tendances, en particulier la numérisation et le passage au travail à distance, laissant parfois présager un avenir prometteur de plus grande flexibilité et de durabilité.

La présence des travailleurs dans les lieux de travail n’implique pas de renoncer à protéger la santé des travailleurs ni de renoncer à des revenus durement acquis pour empêcher la propagation du virus. Protéger la santé de chacun n’implique pas d’interdire l’activité des entreprises et l’activité économique.

Le secteur informel en perte de vitesse

Les travailleurs de l’économie informelle sont particulièrement vulnérables aux mesures prises par les autorités. On estime que leurs revenus au cours du premier mois de la crise ont diminué de 60%.

Les gouvernements et d’autres acteurs clés, dont le secteur privé, doivent prendre au plus des mesures à grande échelle, qui soient coordonnées et durables.

Ces interventions peuvent varier à chaque étape du processus de redressement, mais la question clé, pour les décideurs, restera de savoir comment utiliser leurs maigres ressources pour améliorer la sécurité des revenus, créer et conserver des emplois décents, renforcer le tissu social et écologique de nos économies, et opérer une transition vers “une meilleure normalité” qui soit centrée sur l’humain, inclusive et accessible, qui respecte l’égalité des sexes et qui soit durable.

Il est ainsi évident que l’arrivée de la deuxième vague du Coronavirus impose à notre pays de capitaliser sur l’expérience acquise dans la gestion de la première vague et d’arriver à contenir les effets pervers à long terme, aussi bien sur la santé publique que l’économie. Cela étant dit, notre pays doit penser à mettre en place des systèmes de gestions efficaces et pérennes, que ça soit pour la santé ou même pour la communication publique en situation de crise notamment sanitaire, afin d’éliminer à terme, tous les risques organisationnels susceptibles de causer des pertes.

Andy André MUKANYA, Analyste financier, économique et social

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