Le 16 mai 2026, Alain Makaba, l’une des figures les plus influentes de la musique congolaise, s’est confié à TOP CONGO FM sur ses regrets de carrière. Dans une interview poignante, le guitariste, arrangeur et compositeur a levé un coin du voile sur une blessure qui le hante depuis des décennies : ne pas avoir gardé Wenge Musica sous son aile. “Je pense que j’étais parmi les premiers, sinon le premier à être connu dans ce groupe-là, vraiment partout. Et après, les autres sont arrivés”, confie-t-il avec une certaine amertume mêlée de sagesse.
Une conscience de son rôle fondateur
Alain Makaba ne cache pas la réalité historique : il était le pilier initial de Wenge Musica. Dès les années 1980 et 1990, ce guitariste révolutionne le jeu instrumental avec un style technique, rapide et mélodique qui fascine le public kinois et congolais. Surnommé “Prince” ou “Ordinateur 148 Mémoires”, il contribue fortement aux succès d’albums cultes comme Kin E Bougé, Kala-Yi-Boeing et Titanic. C’était lui, la force créatrice initiale. C’était lui qui portait la vision musicale du groupe.
Cependant, à mesure que Wenge grandit, d’autres membres émergent et gagnent en visibilité. Le groupe, qui aurait pu rester sous l’égide artistique d’Alain Makaba, prend une trajectoire différente. D’autres figures charismatiques arrivent, captent l’attention du public, et le leadership artistique du groupe se dilue ou s’échappe des mains de son architecte fondateur.
Un choix désinteressé devenu source de regret
“Moi, je ne suis pas quelqu’un qui aime s’accaparer des choses. Je n’aurais pas laissé Wenge aux autres”, reconnaît Alain Makaba avec lucidité. Ces paroles résument le paradoxe douloureux de sa carrière : un homme trop généreux, trop humaniste peut-être, qui n’a pas su ou voulu imposer son autorité créatrice sur le groupe qu’il avait fondé. Son éthique personnelle, son refus de dominer ou de s’approprier, a finalement travaillé contre ses intérêts artistiques et historiques.
Wenge est devenu plus célèbre, plus mythique, mais Alain Makaba n’y est plus identifié comme le père fondateur incontesté. D’autres noms sont venus éclipser le sien dans les récits de la légende Wenge.
Au-delà des regrets, une carrière solo et un héritage intact
Malgré cette amertume contenue, Alain Makaba ne s’est pas arrêté. Il a développé une carrière solo respectable avec des albums comme Pile ou Face et Ya Ku Dominer. Il a travaillé comme producteur et multi-instrumentiste, laissant son empreinte sur d’innombrables projets musicaux. Il est reconnu comme un pionnier ayant modernisé la rumba congolaise en introduisant des sonorités et des techniques de guitare qui ont influencé toute une génération de musiciens.
“Quoi que c’est fait, c’est fait, voilà. Il ne faut pas rester que sur les regrets”, conclut-il avec une sagesse résignée. À 16 mai 2026, Alain Makaba reste une légende vivante de la musique congolaise, malgré une présence médiatique plus discrète ces dernières années. Son héritage artistique demeure intact, même si l’histoire a parfois oublié de le nommer premier parmi les égaux.