Le débat sur la riposte contre la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola vient de prendre une tournure éminemment politique et diplomatique à Kinshasa. Lors d’un point de presse tenu ce mardi, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a directement lié le succès des opérations sanitaires à Goma à la libération militaire de la zone, actuellement sous le contrôle de la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par Kigali.
Cette déclaration intervient quarante-huit heures seulement après la confirmation, par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), d’un premier cas positif à Goma, ville hautement stratégique et frontalière avec le Rwanda.
Pas de fermeture de frontière, mais une exigence de retrait
Alors que l’apparition du virus dans ce carrefour commercial majeur fait peser le risque d’une propagation régionale, la question de la gestion de la frontière avec le Rwanda est sur toutes les lèvres. Sur ce point, Kinshasa s’est montré catégorique.
« Le Rwanda ne peut pas en aucun cas fermer la frontière », a d’abord prévenu Patrick Muyaya.
Cependant, le ministre de la Communication et des Médias a aussitôt recentré le problème sur le cœur de la crise sécuritaire, affirmant qu’aucune équipe médicale ne pourra travailler sereinement tant que les troupes étrangères occuperont le terrain.
« S’il faut qu’on donne une riposte efficace au regard de l’épidémie pour le cas qui est à Goma, il faut que les Rwandais quittent notre territoire et leurs supplétifs », a martelé le porte-parole du gouvernement.
Quand la géopolitique s’invite dans les protocoles sanitaires
Par ces propos, le gouvernement congolais met en exergue l’impossible étanchéité entre les enjeux de santé publique et la guerre qui sévit dans l’Est. Déployer une riposte efficace contre Ebola exige des conditions bien précises : traçage rigoureux des cas contacts, isolement des malades, sécurisation des enterrements et campagnes de vaccination d’urgence.
Or, dans une ville sous l’administration militaire de l’AFC/M23, la coordination entre le ministère de la Santé, les ONG internationales et les structures locales devient un véritable casse-tête logistique et sécuritaire. Pour Kinshasa, la présence des forces d’occupation constitue le principal obstacle à l’acheminement de l’aide et à la liberté de mouvement des personnels soignants.
Le double péril de l’Est de la RDC
Ce positionnement de l’exécutif congolais illustre, de manière brute, l’imbrication des crises dans la région. L’Est de la République démocratique du Congo ne fait plus seulement face à une agression armée, mais doit simultanément contenir une menace biologique redoutable.
En appelant la communauté internationale et les belligérants à acter le retrait des troupes rwandaises pour “sauver” la riposte sanitaire, Patrick Muyaya déplace le conflit sur le terrain humanitaire.
Reste à savoir si cet argumentaire incitera à une trêve sanitaire ou si, au contraire, le virus Ebola deviendra une arme de pression supplémentaire dans ce conflit régional.