La série continue. Après l’embargo infligé à John Kabamba, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) s’attaque désormais à Christian Lusakueno, journaliste de TOP CONGO FM, l’une des radios les plus influentes de la République démocratique du Congo. Une convocation qui alimente un sentiment grandissant : le débat public est désormais sous surveillance étroite.
Dans une lettre datée du 15 décembre 2025, le CSAC somme le journaliste de se présenter le 18 décembre à 11 heures pour répondre de propos tenus dans l’émission « Le Débat » du 12 décembre 2025. Le régulateur évoque des « accusations sans preuves » et des « imputations dommageables », des termes lourds, souvent utilisés pour justifier des sanctions exemplaires.
Ce qui choque une partie de l’opinion, ce n’est pas seulement la convocation en elle-même, mais le message qu’elle envoie. Dans une émission de débat — par nature contradictoire — un journaliste est aujourd’hui sommé de se justifier pour des propos jugés dérangeants.
Pour beaucoup, la question n’est plus de savoir s’il y a eu excès, mais si le droit au débat critique est encore toléré.
Le CSAC précise que le refus de comparaître exposerait le journaliste à des « sanctions sévères prévues par la loi ». Une phrase qui ressemble moins à une invitation qu’à une mise en garde, voire une intimidation institutionnelle.
Le fait que cette convocation vise un journaliste de TOP CONGO FM, radio à très forte audience et connue pour ses émissions politiques incisives, n’est pas anodin. Pour plusieurs observateurs, le régulateur cherche clairement à resserrer l’étau autour des médias qui façonnent l’opinion, surtout dans un contexte politique et sécuritaire explosif.
Cette démarche renforce l’impression d’un double discours : d’un côté, la Constitution garantit la liberté de la presse ; de l’autre, les journalistes sont convoqués, suspendus ou réduits au silence dès que le ton monte.
En multipliant convocations et sanctions, le CSAC semble instaurer une pédagogie par la peur. Le message est limpide : parler trop fort, trop librement, ou trop frontalement peut coûter cher.
Reste à savoir si cette stratégie renforcera la paix sociale, comme l’affirme le régulateur, ou si elle produira l’effet inverse : une autocensure généralisée, appauvrissant le débat démocratique au moment où le pays en a le plus besoin.
Christian Lusakueno devra s’expliquer. Mais au-delà de son cas personnel, c’est bien l’avenir de la liberté de ton dans les médias congolais qui se joue.

