Dans une lettre ouverte d’une rare intensité, adressée ce vendredi 16 mai 2025 au Président de la République Félix Tshisekedi, la sénatrice Francine Muyumba a lancé un vibrant appel au respect de l’État de droit, à l’apaisement politique et à la grandeur morale du Chef de l’État, dans un contexte de fortes tensions institutionnelles.
La correspondance intervient alors que le Sénat vient d’ouvrir une plénière pour examiner la levée des immunités parlementaires de l’ancien président Joseph Kabila. Une initiative perçue par certains comme une manœuvre politique, que Francine Muyumba condamne fermement.
« Monsieur le Président de la République, Chef de l’État,
Je vous adresse ce message en qualité de citoyenne. L’Histoire nous enseigne une vérité simple : un Chef d’État qui choisit la paix dans l’humilité et dans l’amour de la patrie entre dans la grandeur.
L’humilité n’est pas une faiblesse, c’est une force d’État. La paix n’est pas un compromis, c’est une victoire morale. Et le respect du droit n’est pas une contrainte, c’est une garantie de stabilité durable », écrit-elle en introduction.
Avec des mots pesés, mais incisifs, l’élue dénonce une série de dérives institutionnelles observées depuis l’accession de Félix Tshisekedi au pouvoir en 2019. Elle met en garde contre une pente dangereuse vers l’autoritarisme :
« Poursuivre dans la voie de la polarisation politique, des manipulations institutionnelles et des persécutions ciblées, c’est prendre le risque de rompre le contrat de confiance entre le peuple et ses dirigeants. »
Elle propose deux chemins : l’un de division, et l’autre de réconciliation. Celui qu’elle appelle de ses vœux repose sur le retour à l’État de droit, au dialogue politique inclusif, et à l’apaisement des tensions.
Dans sa lettre, Francine Muyumba énumère plusieurs violations graves qu’elle impute au régime en place :
• Le détournement de la majorité parlementaire par corruption et intimidation ;
• La recomposition irrégulière de la Cour constitutionnelle ;
• La désignation contestée de la CENI ;
• Les violations des droits fondamentaux, y compris les arrestations arbitraires et la répression des manifestations ;
• Le retour à la peine de mort malgré les engagements internationaux ;
• La prolongation illégale de l’état de siège dans l’Est du pays ;
• Et une menace à peine voilée de suppression de la limitation des mandats présidentiels.
Elle appelle le Président à respecter son serment, lui rappelant son obligation constitutionnelle :
« L’article 74 vous désigne comme le garant de la Constitution. Il ne s’agit pas d’un rôle symbolique, mais d’un engagement juridique solennel. »
La sénatrice avertit : tout manquement à cette responsabilité expose le pays à une « insécurité juridique et institutionnelle grave », et appelle le Président à ne pas céder à la tentation des règlements de comptes :
« Si vous estimez que votre prédécesseur a commis des actes répréhensibles, la seule voie légale reste la convocation du Congrès, conformément à l’article 166 de la Constitution. »
Dans un ton grave et solennel, elle conclut :
« Monsieur le Président, le Congo vous regarde. Le monde vous observe. L’histoire vous jugera.
Il est encore temps de vous inscrire dans l’histoire comme un bâtisseur de l’État de droit. Mais si ces dérives persistent, l’histoire, elle, n’oubliera rien. »
Par cette lettre, Francine Muyumba se positionne clairement comme une voix dissidente au sein des institutions, déterminée à défendre la démocratie congolaise contre ce qu’elle qualifie de « dérives autoritaires ».

