Le vaste chantier de modernisation de l’aéroport international de Ndjili, initialement confié à des intérêts turcs, sera finalement réalisé… par une entreprise américaine. L’annonce a été faite par le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Jean-Pierre Bemba, lors d’une conférence de presse très attendue.
Le nouveau maître d’œuvre du projet, la firme Infrarose, basée aux États-Unis, pilotera un programme ambitieux de transformation estimé à 500 millions de dollars. Le plan inclut :
• Une nouvelle aérogare de 43 000 m²,
• La construction d’une piste parallèle et la réhabilitation complète de l’actuelle,
• La création d’un nouveau parking,
• Et un tarmac modernisé aux normes internationales.
La livraison est prévue pour décembre 2027, selon les précisions données par les autorités.
À la manœuvre depuis plusieurs mois, Jean-Pierre Bemba s’est voulu rassurant. Le nouveau deal, explique-t-il, repose sur un modèle de financement mixte et garantit un contrôle national accru via la Régie des voies aériennes (RVA). L’État congolais conservera un droit de regard important sur l’ensemble du processus grâce à une concession repensée, dans laquelle les clauses initiales négociées avec le groupe turc Milvest, proche de SUMMA, n’ont pas été reconduites.
Mais derrière les mots rassurants du ministre, une question clé demeure : pourquoi ce revirement vis-à-vis des Turcs ? L’accord initial, présenté en grande pompe en 2023, liait la RDC au groupe Milvest, fortement soutenu par Ankara dans le cadre d’une coopération économique grandissante. Le retrait de ce partenaire turc n’a fait l’objet d’aucune explication officielle détaillée.
Ce changement de cap survient dans un contexte où Kinshasa semble redessiner ses alliances géopolitiques, notamment dans les secteurs jugés stratégiques comme les infrastructures, les mines et l’énergie. L’arrivée d’Infrarose, entreprise américaine peu connue du grand public congolais, pourrait ainsi symboliser un rééquilibrage des partenariats, voire un recentrage pro-américain dans la diplomatie économique congolaise.
Avec ce projet de modernisation, l’aéroport de Ndjili ambitionne de devenir une plateforme régionale de référence, capable d’absorber le trafic croissant attendu dans les années à venir. Mais au-delà de l’aspect technique, c’est tout un message politique et stratégique que semble envoyer le gouvernement de Félix Tshisekedi : la RDC choisit ses partenaires, et change de cap quand elle le juge nécessaire.

