Les braqueurs avaient choisi Kasa-Vubu. Une station-service au croisement des avenues Saïo et Sport. Ils étaient armés. Ils avaient un plan. Mais la police était intervenue rapidement. Ou du moins, c’est ce que disait le bourgmestre Phinnées Massombo. Sauf que rapidement n’avait pas suffi. Les braqueurs avaient tiré en prenant la fuite. Et un innocent était tombé. Un Wewa, selon les termes du bourgmestre. Un homme qui n’avait rien à voir avec le braquage. Un spectateur au mauvais endroit au mauvais moment. Et maintenant, il était mort. Pendant que les braqueurs, eux, étaient toujours en liberté.
La police intervient, mais les criminels s’échappent
La police avait été alertée. Elle avait réagi vite. C’était le discours officiel. Phinnées Massombo le répétait comme un mantra. “Alertée, la Police est intervenue rapidement.” Mais qu’est-ce que cela signifiait vraiment? Cela signifiait qu’il y avait des morts. Cela signifiait que les braqueurs avaient pu ouvrir le feu. Cela signifiait que malgré l’intervention rapide, les criminels s’étaient enfuis. Aucun braqueur arrêté. Zéro. Pas un seul.
C’était le schéma classique de Kinshasa. La police arrivait après la bataille. Elle constatait les dégâts. Elle présentait un rapport. Et puis la vie continuait. Les braqueurs disparaissaient dans la ville. Ils attendaient quelques semaines. Et puis ils recommençaient ailleurs. C’était un cycle infernal. Et le bourgmestre parlait d’intervention rapide comme si cela changeait quelque chose. Comme si cela effaçait le fait qu’un homme était mort et que les criminels couraient toujours.
Un mort pour une tentative de vol : le prix de vivre à Kinshasa
Un Wewa était mort. C’était comme cela que le bourgmestre le nommait. Pas un homme. Pas un père. Pas un travailleur. Un Wewa. Un terme qui réduisait une vie à une catégorie sociale. Et cette catégorie sociale était dépensable. Elle était le prix du braquage. Elle était le dommage collatéral d’une tentative de vol qui avait échoué.
Personne ne saurait jamais son nom. Personne ne saurait jamais ses rêves. Personne ne se soucierait vraiment de sa famille. Il y aurait peut-être un article dans la presse. Il y aurait les condoléances officielles du bourgmestre. Et puis ce serait oublié. Un mort à Kasa-Vubu. Une statistique. Un prix à payer pour vivre dans une ville où la police intervenait rapidement mais où les braqueurs s’échappaient toujours.