C’est le débat qui sature l’espace politique congolais depuis plusieurs mois. Entre velléités de changement constitutionnel et soupçons de maintien au pouvoir, le président Félix Tshisekedi a profité d’une récente sortie médiatique pour clarifier sa position. Entre fermeté sur l’intégrité territoriale et une porte entrouverte sur la volonté populaire, le Chef de l’État fixe ses conditions.
Face à la presse, le Président a abordé deux dossiers brûlants : la tenue des prochaines élections dans les zones de conflit et la question, hautement sensible, d’un éventuel troisième mandat.
« Pas d’élections sans le Nord et le Sud-Kivu »
Le premier axe de son intervention a concerné la situation sécuritaire à l’Est. Alors que certains craignent un glissement du calendrier électoral dû à l’instabilité, Félix Tshisekedi a tranché avec une position de principe. Pour lui, il est hors de question d’organiser un scrutin qui exclurait une partie du territoire national.
« Il n’y aura pas d’élections sans le Nord et le Sud-Kivu », a-t-il martelé.
Par cette déclaration, le Chef de l’État lie indéfectiblement le processus démocratique au rétablissement de la paix. Une manière de signifier que la priorité absolue reste la reconquête des zones occupées par le M23/AFC avant tout retour aux urnes.
Le 3ᵉ mandat : Entre retrait annoncé et « appel du peuple »
Mais c’est sur la question de sa propre succession que Félix Tshisekedi était le plus attendu. Interrogé sur ses intentions au-delà de 2028 et sur le projet de changement de Constitution porté par certains de ses partisans, sa réponse a été nuancée, laissant place à diverses interprétations.
Dans un premier temps, le garant de la nation a voulu rassurer : « Je ne compte pas briguer un troisième mandat », a-t-il affirmé, semblant vouloir clore le débat sur le respect des limites actuelles.
Cependant, la suite de sa phrase a immédiatement relancé les spéculations : « …sauf si le peuple me le demande ».
Une porte entrouverte ?
Cette réserve le fameux “appel du peuple” est un classique de la rhétorique politique sur le continent. Pour l’opposition, cette précision annule la promesse de retrait et prépare le terrain à une modification constitutionnelle qui permettrait de remettre les compteurs à zéro.
Pour les partisans du pouvoir, il s’agit simplement d’une marque de déférence envers la souveraineté populaire, seule juge en dernier ressort.
Vers un changement de Constitution ?
Bien que le Président lie son avenir à la volonté populaire, le projet de changement de la loi fondamentale de 2006 reste sur la table. Ses alliés, comme Godé Mpoy ou l’Apôtre Léopold Mutombo, soutiennent que le cadre actuel est inadapté au développement du pays.
En liant la question territoriale (le Kivu) à la question institutionnelle (la Constitution), Félix Tshisekedi redessine les contours d’une fin de mandat qui s’annonce déjà très agitée.
Entre la promesse de libérer l’Est et l’ambiguïté sur son avenir politique, le Chef de l’État place le curseur entre la stabilité nationale et le respect des règles du jeu démocratique. Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer.
