La décision fait l’effet d’une onde de choc dans le paysage médiatique congolais. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) a infligé un embargo médiatique de 90 jours au journaliste et animateur John Kabamba, l’excluant de tous les médias opérant en République démocratique du Congo. Une mesure qualifiée de « conservatoire », mais dont la portée est lourde et immédiate.
Officiellement, le CSAC reproche à John Kabamba des manquements professionnels lors de l’émission « Le Peuple Parle », devenue virale sur les réseaux sociaux. En cause : le fait d’avoir laissé son invité, Daniel Nsafu, tenir des propos jugés graves à l’égard des autorités publiques, sans recadrage en direct. Pour le régulateur, ce silence équivaut à une forme de complicité.
Dans son argumentaire, le CSAC invoque le contexte sécuritaire dramatique à l’Est du pays, marqué par les exactions attribuées au groupe armé AFC/M23. Accorder la parole, sans contradiction, à une personne présentée comme proche ou alliée de ce mouvement est considéré comme un manquement grave, voire dangereux.
Mais cette justification ne convainc pas tout le monde. Pour de nombreux observateurs, la décision soulève une question sensible : où s’arrête la régulation et où commence la censure ?
Car au-delà de l’émission incriminée, c’est bien la pratique du débat public, parfois brut, parfois dérangeant, qui se retrouve sous pression.
Le caractère « conservatoire » de la mesure n’enlève rien à sa sévérité. John Kabamba est interdit d’antenne sur toute l’étendue du territoire national, les directeurs de programmes sont sommés de ne plus le recevoir, et les services de l’État sont appelés à faire appliquer la décision. Tout cela avant même que l’Assemblée plénière du CSAC ne se prononce définitivement.
Pour certains journalistes, cette précipitation crée un précédent inquiétant : un animateur peut être réduit au silence sur base d’un seul contenu, sans débat contradictoire public préalable.
En filigrane, cette sanction apparaît comme un avertissement adressé à l’ensemble de la presse congolaise : dans un contexte de guerre, de tensions politiques et de réseaux sociaux surchauffés, la marge de manœuvre éditoriale se rétrécit. Très vite.

