Au cœur du débat sur le futur dialogue national inclusif annoncé par Félix Tshisekedi, l’opposant Delly Sesanga jette un pavé dans la mare.
Intervenant sur la plateforme X (ex-Twitter) lors d’une session Space très suivie, animée par le journaliste Stanis Bujakira, le leader d’Ensemble pour la République / C64 a défendu une vision sans concession de l’inclusivité, appelant à mettre autour d’une même table l’ensemble des acteurs de la crise congolaise, sans aucun tabou y compris les groupes armés et les rébellions actives.
Alors que la coalition d’opposition C64 vient de sursoir à ses manifestations pour donner une chance à la médiation des chefs religieux (CENCO-ECC), ces déclarations viennent recadrer la définition même des futures négociations.
Une inclusivité totale et sans exclusif
Pour le député honoraire et cadre de la coalition C64, un dialogue restreint aux seules forces politiques institutionnelles serait voué à l’échec et ne permettrait pas d’éteindre l’incendie sécuritaire qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo.
« L’inclusivité est une condition pour atteindre les objectifs du dialogue », a tranché Delly Sesanga lors du Space de Stanis Bujakira.
Allant au bout de sa logique, il estime que la résolution de la crise exige d’affronter les réalités du terrain, aussi dérangeantes soient-elles :
« L’inclusivité doit amener autour de la table toutes les parties prenantes congolaises. Y compris ceux qui ont pris les armes, parce que sans doute qu’ils ont des raisons pour lesquelles ils ont pris les armes. Ils doivent nous expliquer. »
Mettre M23, Corneille Nangaa et Joseph Kabila autour de la table
Ne laissant aucune place à l’ambiguïté, Delly Sesanga a cité nommément les acteurs politiques et militaires qu’il estime indispensables pour un règlement définitif de la crise nationale :
« Je suis très clair. Autour du dialogue, toutes les parties prenantes doivent être là. Joseph Kabila, Nangaa, AFC/M23 et tous les autres. Les politiques, la société civile, tout le monde devrait se retrouver pour traiter des problèmes du pays. »
Pour justifier cette position qui risque de faire de vagues au sein de la classe politique et de l’opinion publique à Kinshasa, l’opposant a posé une question directe :
« Comment voudriez-vous traiter la question de la guerre si vous ne la discutez pas avec ceux qui la font ? »
Un débat explosif en perspective pour la médiation CENCO-ECC
Ces prises de position courageuses mais controversées posent d’emblée la question du format et de la grille de participation au futur forum national. Si la majorité présidentielle (l’Union Sacrée) a toujours opposé un refus catégorique à toute négociation directe avec le M23 et l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa qualifiés de mouvements terroristes à la solde de Kigali, l’approche défendue par Delly Sesanga remet la question du dialogue sécuritaire direct au centre de l’échiquier politique.
La balle est désormais dans le camp des médiateurs spirituels de la CENCO et de l’ECC, qui devront concilier des exigences de participation radicalement opposées d’ici la date butoir du 15 août fixée par l’opposition.
